|
Situé à 42 km de Yogyakarta sur l'île de Java
en Indonésie, Borobudur est le plus grand monument bouddhiste au
monde. Il étend sur une surface de 2 500 m² des murs ornées de
bas-reliefs et des balustrades bordées de 72 stupas ajourés, qui
abritent autant de statues du Bouddha. Construit sur trois niveaux,
le monument s'appuie sur une base pyramidale, comprenant cinq
terrasses carrées concentriques, qui est surmontée de trois
plates-formes circulaires, elles-mêmes couronnées d'un stupa
monumental.
Un
monument sauvé du temps
Fondée entre les VIIIème et IXème siècles par des rois hindouistes
de la dynastie des Shailendra, Borobudur fut occupé jusqu'au XIIème
siècle seulement. A l'époque où le Bouddhisme connu une certaine
décadence, il fut abandonné et laissé aux prises de la végétation et
des lianes. Sous une espèce de colline sans forme, son existence
était toutefois connue des habitants de Java, lorsqu'un Anglais,
Sir
Stamford Raffles, le découvrit en 1815. Ce ne sera qu'à la fin du
XIXème siècle que les premières restaurations furent entreprises par
les hollandais. Effrité, rongé par la lèpre et menacé de ruine, le
monument bénéficia d'une véritable opération de sauvetage par
l'Unesco en 1948. Elle fut suivie par une seconde restauration de
1971 à 1984, dont le résultat est encore appréciable aujourd'hui.
Indicible merveille
Le nom mélodieux de "Borobudur", que l'on peut traduire par
"Colline du monastère", est en fait une simplification du nom
original : "Bhumisan Barabadura". Traduit strictement en français,
cela signifie, "l'Ineffable Montagne des Vertus Accumulées".
L'édifice forme une montagne, dont la crête, selon la pensée
bouddhiste, est l'endroit où le contact avec la vérité divine peut
être fait. Après avoir parcouru les terrasses inférieures ornées de
bas-reliefs, en marchant autour de chacune des huit terrasses
concentriques, le sage, ou du moins celui qui aspire à la sagesse,
accède au stupa central, symbole de l'Absolu. Stupa est un terme
sanscrit et désigne un monument religieux en forme de dôme. Il est
construit pour abriter une relique bouddhiste. La multitude de
pagodes, de niches que l'on trouve à la base contraste avec
l'unicité du stupa des hauteurs. Borobudur est le trajet qui va du
multiple à l'un.
Les trois mondes bouddhistes
Selon
la cosmogonie du bouddhisme mahayaniste, le monde est une sorte
d'immense plateau flottant dans l'absolu, dans les espaces sidéraux
et cosmiques. Ce dernier est organisé selon un système de cercles
concentriques dont le centre est une montagne qui est si haute, si
belle, si pure qu'elle est au-delà de la perception de l'humain. Les
textes bouddhiques appellent cette montagne le Mont Meru. Ce mont
domine les trois mondes fondamentaux qui sont le monde de l'esprit,
le monde de la matière et le monde du liquide, c'est-à-dire le monde
des passions. Ces trois éléments convergent vers l'unité de
l'indicible, la totale transparence.
En simplifiant, le premier monde, symbolisé par
la base du monument, comprend toute chose vécue : les besoins, les
pulsions, les amours et les haines. On pouvait trouver sur les murs
de ce cercle inférieur des représentations de guerres ou des scènes
érotiques, dont très peu ont résisté au temps.
Au-dessus se trouve le cercle de
l'enseignement. Le pèlerin peut accéder à la connaissance par
l'apprentissage de la vie du Bouddha et celles des Bouddha
antérieurs. Celle racontée à Borobudur est une des plus complète qui
soit, comprenant les trois premières naissances du Bouddha : sa
naissance physique à Kapilavastu, celle à la Lumière à Bodgaya et au
Verbe à Sarnath.
Dans
le troisième cercle, que l'on peut appeler la sphère de la
révélation, le corps n'est plus nécessaire : tout n'est plus
qu'esprit. La pureté architecturale de la zone témoigne de
l'apaisement du monde de l'esprit. Il n'y a plus besoin de
bas-reliefs car il n'y a plus besoin de manifestation. Cette
suppression soudaine de l'image accentue l'impression de pureté, de
simplicité originelle. Tout l'espace tend vers ce dernier cercle,
vers le stupa absolu, le grand stupa central.
Les historiens d'art et des religions cherchent
à savoir si ce dernier a toujours été vide, ce qui semble désormais
probable. Le message apparaît significatif : le stupa central ne
contient pas de statue du Bouddha parce qu'on est au-delà même de
l'apparence, dans l'esprit pur. Le stupa central serait en quelque
sorte l'absolu symbole sans aucune référence à quelque forme que ce
soit.
La notion de "Purinirvana" rapporte le moment
où le Bouddha renonce à la vie terrestre et où son âme, disent les
textes, s'épand en millions d'âmes à travers l'univers. L'image du
stupa central au-dessus d'une sorte de pluie de stupas évoque le
Bouddha diffusant la grandeur de son message jusqu'au plan le plus
terrestre et le plus bas. Le Borobudur arrive ainsi à concrétiser
une des pensées les plus abstraites du bouddhisme, et faire
ressentir 1 200 ans plus tard le chemin de pensée du bouddhisme dans
la sérénité d'un lieu et de sa nature environnante. |